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lundi 16 octobre 2017

Harvey Weinstein : clap de fin !

Crédits photo : David Shankbone — Travail personnel 


Vous ne pouvez pas être passés à côté du nouveau démon d’Hollywood. Après Cruella, le Joker, John Doe et Hannibal Lecter, place à Harvey Weinstein, producteur de cinéma américain à qui l’on doit notamment Pulp fiction. Depuis quelques jours, les langues se délient et la polémique enfle à grand train à mesure que les accusations d’agressions sexuelles, viols ou tentatives de viol pleuvent à l’encontre de l’ex-producteur tout-puissant. De nombreuses actrices du monde entier de Rose Mc Gowan aux Judith Godrèche ou Léa Seydoux nationales révèlent les horreurs qui auraient été infligées aux actrices par ce supposé mégalo prédateur sexuel.

Comme beaucoup d’hommes nourris du pouvoir conquis, bouffis par l’orgueil et la frustration née d’un constat de médiocrité, Harvey s’est pensé au-dessus des lois et de l’humanité en imaginant que ces êtres sur deux jambes gravitant autour de lui étaient, comme le reste dans ce monde où tous l’adulent(aient), prêts à consommer. Aujourd’hui, le supermarché a fermé ses portes et Harvey doit quitter ses cieux pour affronter la « dure réalité », l’heure est venue de payer.

Évidemment les faits relatés ne peuvent que susciter l’écœurement, l'indignation mais aussi le dépit car si révélateurs d’une ambiance sociale qui peine à évoluer en dépit de tous les slogans scandés et des bonnes intentions. Néanmoins, le scandale qui fait grand bruit a comme un goût de mascarade expiatoire. En effet, du jour au lendemain, Harvey se retrouve remercié par sa propre société, chassé de l’Académie des Oscars, jeté par sa femme, menacé de se voir retirer la légion d’honneur (comme quoi il faudrait vraiment penser à arrêter de la distribuer à tout va…), privé de dessert et j’ai même entendu dire que Monop’ envisageait de désactiver sa carte de fidélité. Loin de moi l’idée d’exprimer la moindre compassion à son égard. J’espère que ses avocats à 1 million de dollars n’empêcheront pas la justice de faire son travail et qu’il subira la lourde peine qu’il mérite.

Toutefois, il est également dur d’avaler l’hypocrisie ambiante et bien pensante du monde du cinéma comme de tout microcosme dans lequel le pouvoir fait loi au détriment des plus faibles ou des non avertis. Ce qui choque tout autant que les actes d’un criminel, c’est la cour de protecteurs dont il dispose et qui permet son règne. On peut en effet s’interroger sur la possibilité de perpétrer de tels actes sous l’unique influence de la menace. Menacer une actrice de la blacklister du monde du cinéma n’aurait évidemment pas suffi sans l’omerta entretenue par ceux qui savent, ceux qui voient, ceux qui couvrent, ceux qui empêchent de parler, ceux qui banalisent pour garder leur place, gravir les échelons ou parce qu’après tout ce n’est pas si grave. Ceux qui ne se sentent pas coupables car trop habitués à vivre dans une société dans laquelle une femme peut gagner moins à compétence égale, dans laquelle une femme fait d’abord parler d’elle pour se qu’elle porte avant de faire parler d’elle pour ce qu’elle dit ou fait, une société dans laquelle le naturel doit encore être contré à coups de loi sur la parité pour être chassé.

Cette affaire m’a d’ailleurs rappelé un épisode de la série française « Dix pour cent » dans lequel Juliette Binoche dans son propre rôle refuse les avances d’un magnat du CAC 40 investi dans le financement du cinéma et réputé pour faire ou défaire les carrières d’actrices. On est certes outrés par le comportement de cet impuissant tout-puissant mais surtout écœuré par tous les autres qui refusent d’être scandalisés. La scène la plus marquante étant celle durant laquelle l’une des organisatrices du festival je crois (pardonnez mon approximation sur sa fonction), une femme donc, fait « subtilement » comprendre à Juliette Binoche que si elle souhaite continuer à tourner (dans des films), il faut qu’elle arrête de faire sa prude…

Aussi, j’ai peine à croire qu’Harvey ait abusé ou tenté d’abuser de la moitié d’Hollywood sans que cela se sache et soit entretenu. Les récents témoignages, qui d’un coup deviennent nombreux, laissent d’ailleurs à penser que cela était de notoriété publique. Aussi, pourquoi ce qui offusque tout le monde aujourd’hui ne faisait sursauter personne hier ?

Ne serait-il pas un peu trop facile de crier au loup quand celui-ci est tenu en joue par le berger après s’être tapé allègrement toute la bergerie ? Quand la réponse sera posée peut-être servira t-elle également pour les cas similaires et tout aussi niés qui ne manquent pas dans les sphères politiques ou dans le monde du travail.

mercredi 24 août 2016

Un burkini : tous aux abris !

Alors que le débat sur le burkini devient la nouvelle lubie malveillante du moment, il n’en finit pas de m’interroger. Les discours sont multiples et les faits confus mais les résultats risquent d’être clairs et prévisibles.

Les faits : suite aux récents événements atroces qui ont frappé la ville de Nice, laissant une nouvelle fois les Français sans voix (pas pour longtemps), les arrêtés dits « anti-burkinis » fleurissent dans les villes balnéaires du sud de la France, la voie ayant été ouverte par les Villes de Nice et de Cannes.


Que disent ces arrêtés ? Un peu tout et n’importe quoi, un peu comme lorsque vous ne savez pas comment esquiver une invitation et que les bonnes excuses pleuvent (chat malade, migraine soudaine, empêchement professionnel et bien sûr tout cela à la fois !). On y parle de question d’hygiène dans une eau qui va et qui vient, de conditions de sécurité en cas de noyade, on y évoque les attentats, la protection de la laïcité et ce afin d’interdire l’accès aux plages à toute personne ne portant pas :

«une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime.»

Une définition suffisamment imprécise pour laisser libre cours à toute interprétation. Le mot n’est pas lâché mais il n’est pas nécessaire d’être un pro du Cluedo pour comprendre que les Musulmans et les signes « ostentatoires » qui leur sont associés, sont clairement visés.

A quelques mois des grandes échéances présidentielles, encore un débat qui mobilisera un temps la scène médiatique alors que bien d’autres préoccupations nuisent. Si tu ne veux pas que tes convives aillent à la cave et constatent l’état pitoyable de tes fondations, occupent les au salon fraîchement redécoré.

Pourtant, je cède aussi à la tentation car les effets feraient regretter son Happy à Pharrell Williams.

Ce matin encore, j’ai entendu à la radio, une fervente féministe qui, tout en s’indignant de la polémique créée autour du sujet compte-tenu du peu de femmes concernées par le port de cette tenue, se disait par ailleurs outrée par ce phénomène nouveau. Selon ses dires, le port du burkini serait un affront inacceptable face à toutes ces femmes musulmanes et soumises en Afghanistan, en Iran, ou encore en Arabie Saoudite. Des femmes contraintes de porter le voile, signe ultime de leur avilissement. 

En théorie, je ne peux que me ranger à son indignation s’agissant de toute femme d’ici ou d’ailleurs qui serait contrainte et forcée de se voiler ou d’adopter contre son gré un quelconque mode de vie ou comportement. Je suis d’ailleurs indignée de la même manière par ces femmes battues par leur conjoint ou harcelées moralement pour une jupe jugée trop courte et trop aguicheuse ou encore par ces maris qui condamnent leurs femmes à sortir apprêtées en toutes circonstances.

Bref, je me range d’office à toute cause noble visant à défendre la liberté de chacune et de chacun. Néanmoins, ne serait-ce pas un peu démago d’opposer la femme voilée contrainte et forcée dans des pays dans lesquels nous ne vivons pas à la femme voilée ayant fait ce choix en France.

Ce n’est peut-être pas le cas de toutes les femmes voilées en France mais il n’en demeure pas moins que beaucoup clament ce choix qu’elles font leur. Un choix issu des traditions, un choix dirigé par la pression familiale, un choix assumé, peu importe mais qui sommes-nous pour qualifier et juger un choix, en dehors de tout contexte et prise en compte des trajectoires individuelles ?

Suffit-il d’être une femme française, non musulmane, athée ou non, élevée dans des conditions et traditions ayant permis d’accéder à une liberté d’esprit et de vivre, une femme adepte du bikini et de se croire femme libre, pour imposer aux autres l’image de ce que l’on estime illustrer cette liberté ? Si pour ma part, le bikini est la tenue phare pour la plage, au nom de quoi serais-je fondée à juger celle qui opte pour le monokini (parce qu’avoir les marques du maillot, ça craint), la complexée qui garde son tee-shirt pour masquer ses bourrelets ou celle qui se sent en accord avec ses convictions en portant un burkini. Ce principe consistant à enfermer le féminisme dans la représentation personnelle et subjective qu’on se fait de la liberté m'empêche d'adhérer à ce discours. 

Ce sont d’ailleurs ces mêmes convictions bien-pensantes qui ont conduit aux pires désastres de l’histoire. Dès lors que l’Homme tente de définir le Bien façonné à son image et de rejeter le Mal qui ne lui ressemble pas cela ramène à des idéologies d’un passé peu glorieux.

De la même manière, cette polémique consacre une nouvelle fois les croyances dévalorisantes selon lesquelles les femmes ne sont pas habilitées à faire un choix. Ainsi, sous couvert de libérer les femmes du supposé joug des hommes, elles sont dorénavant placées en liberté surveillée sous l’œil des autorités publiques. Paternalisme quand tu nous tiens…A aucun moment, la possibilité qu’il s’agisse d’un choix conscient pour  certaines femmes n’est envisagée. 

Vous remarquerez que les signes « de distinctions religieuses » lorsqu’ils sont arborés par des hommes trouvent beaucoup moins d’écho. Dans ce cas, il ne peut s’agir que d’un vrai choix…évidemment.

Les effets : Bien évidemment, les arrêtés à la rédaction volontairement nébuleuse n’ont pas tardé à donner lieu aux premières dérives dont la plus médiatisée avec le témoignage de cette femme voilée qui aurait été verbalisée par la police municipale à Nice pour port d’un voile sur la plage.

Source : le Monde.fr - BESTIMAGE
A priori, cédant à la panique et faisant fi des discours « anti-amalgames » timidement glissés par les figures politiques du gouvernement en place au lendemain de chaque attentat, les autorités publiques tentent le tout pour le tout au nom de la préservation des principes de la République (dont la laïcité) et au nom de la sécurité. 

Pourtant, je ne saisis toujours pas comment l’une et l’autre sont mises en valeur par les mesures prises contre le burkini ou tout ce qui de près ou de loin pourrait signifier un lien avec l’Islam.

Comment la laïcité, soudainement chère à tous, est-elle préservée ?

Selon le Larousse, la laïcité serait une :

Conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l'Église et de l'État et qui exclut les Églises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement.

Autrement dit, la religion ne serait plus l’affaire de l’Etat et ce dernier serait garant de cette séparation dans l’exercice de ses prérogatives. C’est notamment ce qui explique que l’école publique exclut dorénavant l’enseignement et les pratiques religieuses. Néanmoins, la laïcité, c’est aussi la garantie que chacun puisse pratiquer sa religion dès lors que cette pratique exclut tout prosélytisme. Ainsi, on peut se promener dans la rue avec une kippa, une croix latine ou une étoile de David autour du cou, une tunique de moine bouddhiste ou encore un voile sur la tête. 

Il est donc évident que ces arrêtés et les verbalisations qui leur font suite, en visant une communauté religieuse en particulier, ne semblent donc pas très respectueux de cette sacro-sainte laïcité.

Et alors qu’en est-il de notre sécurité ? Admettons que de manière totalement assumée, on ait fait le choix de se caler derrière l’oreille tout principe de liberté et de laïcité et ce afin d’assurer notre sécurité, ces mesures ont-elles la moindre chance d’œuvrer dans ce sens ? Difficile de croire que de s’attaquer à des mères de familles ayant décidé de se laisser caresser par la vague ou tout simplement d’accompagner leurs enfants pour la baignade ait un quelconque intérêt pour la sécurité nationale.

En revanche, ce  qui est certain, c’est que ces mesures concourent clairement à l’institutionnalisation de l’amalgame en adoubant une croyance qui envisage de devenir populaire à savoir Musulman = terroriste. Ainsi, en cautionnant ces mesures, les autorités publiques inscrivent dans le marbre et banalisent cette association insoutenable. 

Ainsi,  une nouvelle fois, les Musulmans subissent la double peine, celle de l'impuissance face à l’usurpation de leur religion par des collectifs de barbares avides de pouvoir et celle de se voir condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.  Tous sont ainsi sommés d’abandonner leurs convictions ou pratiques au risque de se voir bannis de l’espace public. Toute résistance étant nécessairement lue comme un soutien au terrorisme…

Un peu comme si vous décidiez de gifler la vendeuse H&M payée au SMIC pour combattre les ravages des conditions de travail dans les usines de textile du Bangladesh. Cela ne changera rien, elle n’y est pour rien mais peut-être que cela vous a fait du bien.

Le plus inquiétant, ce n’est pas tant que les principes républicains soient de nouveau vidés de leur substance (la liberté a ravalé son coming-out,  l’égalité agonise au bas de l’escalier et la fraternité tient le premier rôle du remake du 6ème sens) mais plutôt que ces mesures soient complètement contre-productives en faisant de l’Administration française et des haineux, les meilleurs RP des organisations terroristes à vocation politique. Voilà que la matière pour alimenter la propagande est maintenant livrée sur un plateau. 

Car si des cas isolés ou des mères de familles jugées trop couvertes ne représentent aucun danger, un lynchage public à caractère discriminant saura trouver un écho chez tous les déracinés, désaxés, cas désespérés, asociaux, délaissés, frustrés que la terre peut porter et qui tendront attentivement l’oreille aux propos des habiles marionnettistes adeptes du recrutement. Sans parler des jeunes filles qui, à la manière des gothiques, se laisseront séduire par les signes "ostentatoires" en guise de protestation. Il faut dire que, bien que non musulmane et totalement acquise à la cause du bikini, j’ai presque eu envie de porter un burkini, juste histoire de dire : non mais m… quoi, je peux quand même faire ce que je veux dès lors que je ne nuis pas à autrui !

Aussi, dès lors qu’elles sont totalement infondées pour défendre la laïcité et inefficaces pour assurer la sécurité, ces mesures ne seraient donc que l’expression d’une loi du Talion au rabais et travestie, un aveu de faiblesse et d’impuissance, une expression de l’absurdité à son paroxysme ou peut-être la conséquence de l’instrumentalisation car après tout, à qui profite le crime en ces temps obscurs ? Il faut bien que la haine des uns serve les autres, qu’importe si nous continuons de vivre ces atrocités…

mercredi 17 août 2016

Rentrée littéraire : Dyablès de TiMalo


Sur KKISS, la rentrée littéraire est en avance ! Le timing est parfait pour contenter tout le monde, les lecteurs de plage ou des champs qui profitent encore, les lecteurs de gare ou d’aéroport qui s’en vont et les lecteurs de métro bondé qui guettent la place libre sur le chemin du boulot.

Cette rentrée littéraire risque d’ailleurs de s’étirer dans le temps car pour ma part, les vacances ont été riches en lignes englouties ! J’ai tenté de rattraper mon retard de l’année avec plusieurs découvertes littéraires (bon ok, c’était écrit en gros mais quand même, ça mérite l’autocongratulation).

Le premier à avoir accompagné mes après-midis transat entre deux : « Maman, regarde comment je plonge ! », c’est le premier roman de l’auteur guadeloupéen TiMalo : Dyablès.

Ce livre, commencé avant les vacances, m’est d’abord apparu comme difficile à aborder car pour la première fois je m’engageais dans la lecture d’un livre écrit entièrement en créole. De surcroît, celui-ci s’aventure dans une contrée qui ne me séduit pas nécessairement à savoir le fantastique. Notre cohabitation de transat ne s’annonçait donc pas  sous les auspices les plus solaires.

Oui mes origines justifient en partie le fait que je comprenne parfaitement le créole, oui j’entends parler créole depuis mon plus jeune âge (en particulier lorsqu’il s’agissait pour mes parents de me faire passer des messages « forts » du genre à te convaincre de ranger ta chambre vite fait), oui j’avais l’impression de ne plus faire de distinction entre le français et le créole dans ma compréhension. Néanmoins, le lire s’est avéré être une toute autre affaire. Peut-être surprise que j’étais par la richesse de la langue finalement pas si bien connue. Une fois ce créole littéraire appréhendé après quelques pages, j’ai retrouvé une fluidité de lecture me permettant d’apprécier pleinement cette Dyablès qui n’avait pas fini de m’intéresser.

En premier lieu pour la langue. Cette langue qui m’est familière et que je découvre riche mais que je retrouve également imagée, colorée, chaleureuse et pleine de dérision mais surtout chargée en traditions. Ce créole couché sur le papier me ramène à cette tradition du conte, de la démonstration à vertu moralisatrice (au sens noble), du sens de la métaphore si courant aux Antilles, peut-être des réminiscences de sa mère patrie africaine. A chaque page, des punchlines qui me font sourire, me font croquer dans la madeleine si chère à Proust mais surtout parlent à ma fascination pour l’écriture.

Extrait de Dyablès : l'idée ? Si les anolis (ndlr : sorte de lézard qui aime squatter les habitations aux Antilles) étaient de la viande, on ne les retrouverait pas traînant sur la première clôture venue.
Pour vous en dire davantage, un petit pitch sur l’histoire de cette Dyablès s’impose. Il s’agit d’histoires croisées, un peu à la manière des premiers films d’Iñàrritu qui racontent un phénomène étrange se déroulant en Guadeloupe. Les femmes, victimes d’actes de violence et de maltraitance perpétrés par des hommes, se transforment en Dyablès, créature sauvage, vengeresse et incontrôlable ayant pour objectif de massacrer les hommes.

Ce pitch éclair ne fait pas honneur à l’œuvre car loin de sombrer dans le carnage, le roman offre avant tout un regard affûté sur la société en général et la société antillaise en particulier. Une société matrifocale qui oublie parfois de mettre en accord ses pratiques avec la lourde place centrale confiée aux femmes. Le discours féministe est prégnant et met en exergue une femme multiple : moderne, indépendante, qui s’affirme, féminine, indispensable, qui ne se laisse pas faire mais qui pourtant ; dans cette société chaque jour en mutation et en quête de modernité ; continue de devoir lutter contre une loi du plus brutal et les traitements dégradants ou encore continue de devoir s’indigner contre un regard des autres accusateur qui oblige à accommoder sa manière d’être, de vivre pour les moins contestataires ou les plus fatiguées de lutter. En dépit d’une modernité chérie, la femme et particulièrement la jeune femme doit encore montrer patte blanche en trouvant au plus vite un compagnon pour inscrire son existence au sein de la société.

Extrait de Dyablès : l'idée ? Beaucoup de femmes étaient victimes de violence en Guadeloupe. Des femmes intelligentes, des femmes instruites, de belles femmes, des femmes qui savent ce qu'elles veulent et qui n'ont pas peur de le dire. Des femmes courageuses, des femmes patientes, des femmes douces, des femmes fortes, toute sorte de femmes étaient victimes de violence en Guadeloupe. Des femmes fatiguées de subir de telles situations et qui n'ont pas peur de le dire.
Toutes ces luttes, ces forces et contraintes, composantes du quotidien des femmes se retrouvent à travers les personnages de la fougueuse Gabryèl, de la non moins dynamique Jésika ou encore de l’attendrissante Yolén qui me font dire que cette Dyablès s’évertue davantage à dévorer les préjugés et les carcans encore présents plutôt que les hommes eux-mêmes.

Dyablès, c’est aussi un suspens digne d’un thriller qui ne vous laisse jamais anticiper la suite, de huis clos en huis clos dans l’esprit de chaque personnage, le tout ponctué de flash-back qui vous maintiennent en haleine.

Assez réfractaire aux histoires fantastiques, je n’ai pas été dérangée par cet aspect qui se distille surtout dans les dernières pages et m’est davantage apparu comme un clin d’œil à la culture antillaise empreinte des interventions de forces ou esprits surnaturels. 

Enfin, j’ai vu dans cette Dyablès une dénonciation de la moutonnerie institutionnalisée notamment au travers de la relation didactique qui s’installe entre  le vieux Klod et le jeune Jak. Une relation qui suggère la résistance des enseignements de la tradition face aux enseignements académiques qui lissent les points de vue, uniformisent les réflexions sous couvert de bien-pensance ; nuisent à la réflexion individuelle et à la responsabilisation face aux actes de chacun. Une invitation à une certaine école de la vie qui doit nous permettre de préserver notre liberté de pensée (n’y voyez aucune dédicace à Florent Pagny).


En conclusion, cette œuvre surprenante a retenu toute mon attention et mérite vraiment pour ceux qui comprennent le créole de s’y intéresser. Pour les autres, il ne vous reste plus qu’à apprendre pour être prêts lors de la prochaine expression littéraire de TiMalo que j’attends avec impatience. Bonne lecture pour les convaincus et bravo à l’auteur pour cette œuvre originale.

Pour vous procurer le roman Dyablès, rdv sur le site en cliquant ici.

lundi 23 mars 2015

J’en fais quoi de mon féminisme ?


We Can Do It! (1943) de J. Howard Miller
Récemment, quelqu’un m’a demandé si je me considérais comme féministe. Instinctivement, presque comme si on me demandait si j’étais une femme, je m’apprêtais à répondre par l’affirmative, lorsque que je fus stoppée dans mon entrain pour m’interroger intérieurement. Que recouvrait cette notion ? Qu’y avait-il derrière cette « simple » question ? Dans quelle voie consciente ou inconsciente et dans quel imaginaire m’engageais-je en répondant « oui » ?

Certes, les discriminations réservées à la gente féminine avaient toujours le don de susciter mon exaspération. Certes, je reconnais bien volontiers que de nombreuses questions restent à traiter pour assurer l’égalité Hommes/Femmes et non je ne me fais toujours pas au fait que dans le monde professionnel lorsque j’arrive en réunion accompagnée d’un collègue masculin, mes interlocuteurs se sentent dans l’obligation de supposer que je suis son assistante et de le verbaliser. Toutes ces choses m’agacent et continuent de me valoir des échanges parfois amusés, parfois enflammés, parfois désabusés.

Néanmoins, ces agacements sont exactement similaires à ceux provoqués en réaction aux traitements de « défaveur » réservés à une minorité de la population sur la base de critères ethniques, religieux ou liés à l’orientation sexuelle. Le principe même d’un traitement inégal ou d’un jugement irrévocable à l’égard d’une personne prononcé sur la seule base de l’un de ces critères suffisant à justifier mon agacement. Autrement dit, mon problème est avant tout avec la discrimination. Il était donc normal que celle-ci me touche mais dans un débat global.

En revanche, je suis moins séduite par le folklore dont peut parfois s’accompagner la notion de féminisme dès lors qu’elle est :

-          associée à la pensée radicale et à l’exclusivité, traquant le moindre « faux pas » allant même jusqu’à empiéter sur la liberté de certaines en les condamnant parce qu’elles choisissent par exemple de porter à la connaissance nationale leur manque de culture générale rivalisant avec leur bonnet D dans les émissions de télé-réalité. J’ai beau ne pas adhérer au concept, il semblerait que dans la maxime nationale, la Liberté continue de marcher aux côtés de Miss Egalité. De plus, à débattre l’égalité sans incidence à tout prix, elles ont donné une excuse toute trouvée à ceux qui ne paient même plus le premier verre (pour information, chers amis, cette excuse n’empêchera personne de vous classer dans la catégorie « crevards »).

-          sujette à l’instrumentalisation, hésitant entre combats du quotidien et engagements politiquement politiques, célébrant des réussites placebo telles que la journée de la Femme qui à part la "joie" de se voir offrir une rose rabougrie par l’hôtesse de caisse de Lidl n’a pas encore su me convaincre de son utilité.

-          assoiffée de médiatisation en prônant une action qui se fait presque contraire aux objectifs qu’elle défend car j’ai beau tenter d’intellectualiser la chose, je reste encore sceptique sur la pertinence des sorties « spectaculaires » de furies aux seins nus pour faire comprendre à tous que mes attributs de femmes (aussi présents ou absents soient-ils) ne doivent pas réduire à néant la considération pour mes compétences intellectuelles au même titre que l’appréciation globale  plus généralement réservée aux hommes.

Toutes ces réserves me conduisent donc à me demander s’il ne vaut mieux pas des indignations et des combats du quotidien pour faire respecter ce que le cadre législatif a déjà reconnu comme un principe de vie et de société à savoir l’égalité de tous plutôt que des mouvements estampillés qui peinent à résister aux lumières du pouvoir ou ne savent plus quoi inventer pour attirer les lumières des caméras au risque de desservir la cause qu’ils défendent.

Après mûre réflexion, à cette « simple » question, je répondrai certainement « oui mais… ».

Et vous quelle féministe êtes-vous ?

 

samedi 6 décembre 2014

Toutes en culotte !

Donc vous voilà ici par le titre alléchés ou peut être simplement intrigués. Pour les premiers, désolée mais point de jeunes filles dénudées par ici ou du moins que vous ne connaissiez. Pour les autres, restez encore un petit peu, cela pourrait vous intéresser.
 
J’ai un peu hésité à m’intéresser à ce sujet, craignant de pactiser une bonne fois pour toute, de manière irréversible et assumée avec le déclin de ma jeunesse. Il est vrai que, sans verser dans le nombril percé au vent ou le tee-shirt floqué aux strass, en dépit de ses 30 bougies soufflées, chacun aime à se croire en parfait accord avec son temps. Certes, vous préférez un bon bistrot gourmand au Mc Do, vous avez arboré un regard bovin lorsque la vendeuse vous a conseillé le tregging lors de votre dernière virée shopping mais les folies de votre jeune âge sont encore toutes proches et à un poil près, la génération Y, c’est vous. Alors forcément quand vous vous indignez devant les vidéos des chanteuses de plus en plus dénudées qui ont su rythmer vos dancefloors avant d’endiabler vos matinées ménage, vous craignez la ringardisation. Ca y est, les fameux discours façon « vieux con » pointent le bout de leur nez.
Pourtant, de récents clips vidéos, porteurs d’un phénomène nouveau, m’ont incitée à franchir le pas. Rihanna ou Katy Perry, pour ne citer qu’elles, à moitié nues et rivalisant d’imagination dans l’art de la pose lascive, cela avait fini par faire partie du paysage musical. Rien de très choquant, ni même de très novateur, surfant sur la bonne vieille vague initiée notamment par Madonna fondée sur les principes de la provocation et de l’originalité lorsque les capacités vocales sont trop limitées pour susciter l’émoi. Sans adhérer, cela cadrait néanmoins avec une règle de l’industrie musicale : « Si tu n’as pas de voix, ne zappe pas les cours d’abdo-fessiers, tu auras tout le temps de t’acheter une crédibilité après avoir été intronisée ». Toutefois, aujourd’hui le phénomène se répand et s’amplifie à vitesse grand V allant jusqu’à toucher celle qui se fait appeler Queen B.
Eh oui, même notre chère Beyoncé internationale a cédé à l’appel des sirènes. Les millions engrangés et les capacités vocales remarquables, n’ont donc pas mis cette "jeune" maman à l’abri de la dictature marketing. Ainsi, Queen B a décidé depuis peu de bazarder tout vêtement destiné à recouvrir ses jambes ou son derrière pour se balader exclusivement en…culotte, comme ont pu le découvrir ses fans lors de son On The Run Tour ou encore dans son dernier clip.

 Photo issues du On The Run Tour - Fashion Gone Rogue
 
Clip Beyoncé - 7/11 - Stereogum
Chère Bee, à la question, « Who run the world ? », doit-on dorénavant répondre : « Girls wearing only panties » ?. Je dois reconnaître que je suis un peu perdue entre tes discours pseudo féministes et cette adoration pour l’exposition de ton arrière train. En plus de manquer d’originalité, cette attitude n’est pas très encourageante pour celles qui t’ont conduite au trône et à qui tu sembles dire « Peu importe le talent ma belle, si tu veux garder ta couronne, il faut se plier aux lois du marché et…ôter ta jupe, car seul le désir que tu susciteras t’apportera le pouvoir ». Tu entraînes même avec toi d’autres RnB Mamas telles que Fergie qui a également dû se résoudre à retirer le bas dans son dernier clip pour attirer l’attention.
 
Clip Fergie - L.A Love - Crédits : Facebook Officiel Fergie

 
Ce qui m’inquiète Bee, ce n’est pas tant le manque de cohérence entre le discours et les actes qui,  j’en suis consciente, ne passionne pas ceux qui te conseillent mais plutôt la longévité de la technique. D’autres s’y sont risqués et ont appris à leur dépend que faire le grand écart en body, après un certain âge, peut être risqué. J’irai même plus loin, ne crains-tu pas que celles qui t’idolâtrent pensent tout à coup plus rusé de préférer le body au tailleur pour solliciter une augmentation auprès de leur boss.
Je suis certaine que ce soir au coucher après avoir lu Kkiss, comme à ton habitude, cela te fera un peu réfléchir. Après avoir fait les beaux jours du tissage blond, tu ne peux pas prendre le risque de nous imposer des hordes de femmes de tout âge dans le métro partant conquérir le monde en culotte (surtout par ce temps). Enfin Bee, nous attendons un peu plus de toi, surprends nous en inventant une femme guerrière sans guêpière !
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