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lundi 20 mars 2017

Mini post pour maxi bluff - Le grand débat de TF1 pour les présidentielles 2017

Photo : Nice Matin - AFP, P.Bl, F.V., F.C., J.-F.O, D.La, S.D


Ce soir, 5 candidats « bankables » à l’élection présidentielle de 2017 débattront sur le plateau de la puissante TF1. Samedi dernier, Nicolas Dupont-Aignan créait le buzz en quittant le plateau du JT après s'être indigné de ce débat irrespectueux des valeurs démocratiques puisque celui-ci se fera en l’absence des autres candidats officiels à l'élection présidentielle dont Nicolas Dupont-Aignan (forcément), Philippe Poutou, Nathalie Arthaud, Jacques Cheminade, François Asselineau et Jean Lassale.


En théorie, la chaîne (confortée dans sa position par le Conseil d’Etat) se défend de bafouer les règles qu’elle affirme respecter scrupuleusement dès lors que :

•       L’égalité du temps de parole n’est pas obligatoire. Il conviendrait alors d’observer uniquement une équité au regard de la représentativité du candidat. Autrement dit, si tu es dans le game depuis longtemps, que tu disposes des fonds te permettant d’organiser d’importants meetings, que tu as suffisamment de poids et de crédibilité pour promettre de hautes fonctions aux élus qui accepteront de te soutenir, tu auras ainsi droit à un temps de parole important, en cohérence avec ta cote de popularité politique (et non citoyenne).

•       Les privés de débat ont eu ou auront par ailleurs d’autres occasions médiatiques de s’exprimer.

En pratique et dès lors que l’on dispose d’un minimum de sens critique et de d’honnêteté intellectuelle, ce choix de débat politique restreint ne fait que mépriser les électeurs en confirmant le fait que le débat citoyen n’est absolument pas la préoccupation première des élections. 

Ce qui compte c’est bien :
-       Le spectacle et comme tout bon spectacle, il faut assurer des premiers et seconds rôles de choix car on ne brigue pas les premiers rangs du box-office avec d'illustres figurants ;
-       La suprématie des puissants car il ne faudrait pas prendre le risque de voir les privilèges accordés et les connivences à peine masquées  remis en cause ;
-       L’illusion du choix au service de la pauvreté du débat car il est bien plus important d’entretenir l’ignorance en ressassant des têtes et des idées connues que de risquer l’émergence de nouvelles idées. Ben oui, certains pourraient se laisser convaincre et confier le pouvoir à des illuminés qui s’intéresseraient à la résolution de problèmes sociaux. Mieux vaut leur servir du connu, du vu et revu, de toute façon, ils ne comprendraient pas si par malheur on leur parlait tout à coup d’autres choses...

Que de raisons, un brin insultantes :
-       pour les citoyens que nous sommes qui n’auront pas la possibilité d’entendre l’ensemble des positions et donc de prendre connaissance de l’ensemble de « l’offre ».
-      pour les candidats bannis (et ceux qui envisageaient de les soutenir) qui doivent assumer le message à peine subliminal adressé : «Vous êtes bien mignons mais personne ne vous prend au sérieux ! Quant à ceux qui comptaient voter pour vous, il faudrait peut-être revenir à la raison et rentrer dans le rang prévu à cet effet ! ».

Difficile de faire rimer démocratie avec inégalité de traitement.

On pourrait débattre ou s’indigner longuement sur cette question qui a eu l’audace de me mettre d’accord, pour une première fois historique, avec Nicolas Dupont-Aignan. 

Bien que je ne doute pas qu’il prêche pour sa paroisse  (curieuse de savoir si sa présence parmi les 5 aurait suscité la même indignation de sa part), il n’en demeure pas moins que le manquement démocratique dénoncé est incontestable. Encore de bonnes idées qui feront de l’abstention la grande gagnante de mai 2017.

Pour ceux qui regarderont le débat ce soir, je vous souhaite de profiter de ce grand classique grand public diffusé par TF1. Pour le film d’auteur, il vous restera le web !

mercredi 24 août 2016

Un burkini : tous aux abris !

Alors que le débat sur le burkini devient la nouvelle lubie malveillante du moment, il n’en finit pas de m’interroger. Les discours sont multiples et les faits confus mais les résultats risquent d’être clairs et prévisibles.

Les faits : suite aux récents événements atroces qui ont frappé la ville de Nice, laissant une nouvelle fois les Français sans voix (pas pour longtemps), les arrêtés dits « anti-burkinis » fleurissent dans les villes balnéaires du sud de la France, la voie ayant été ouverte par les Villes de Nice et de Cannes.


Que disent ces arrêtés ? Un peu tout et n’importe quoi, un peu comme lorsque vous ne savez pas comment esquiver une invitation et que les bonnes excuses pleuvent (chat malade, migraine soudaine, empêchement professionnel et bien sûr tout cela à la fois !). On y parle de question d’hygiène dans une eau qui va et qui vient, de conditions de sécurité en cas de noyade, on y évoque les attentats, la protection de la laïcité et ce afin d’interdire l’accès aux plages à toute personne ne portant pas :

«une tenue correcte, respectueuse des bonnes mœurs et de la laïcité, respectant les règles d’hygiène et de sécurité des baignades adaptées au domaine public maritime.»

Une définition suffisamment imprécise pour laisser libre cours à toute interprétation. Le mot n’est pas lâché mais il n’est pas nécessaire d’être un pro du Cluedo pour comprendre que les Musulmans et les signes « ostentatoires » qui leur sont associés, sont clairement visés.

A quelques mois des grandes échéances présidentielles, encore un débat qui mobilisera un temps la scène médiatique alors que bien d’autres préoccupations nuisent. Si tu ne veux pas que tes convives aillent à la cave et constatent l’état pitoyable de tes fondations, occupent les au salon fraîchement redécoré.

Pourtant, je cède aussi à la tentation car les effets feraient regretter son Happy à Pharrell Williams.

Ce matin encore, j’ai entendu à la radio, une fervente féministe qui, tout en s’indignant de la polémique créée autour du sujet compte-tenu du peu de femmes concernées par le port de cette tenue, se disait par ailleurs outrée par ce phénomène nouveau. Selon ses dires, le port du burkini serait un affront inacceptable face à toutes ces femmes musulmanes et soumises en Afghanistan, en Iran, ou encore en Arabie Saoudite. Des femmes contraintes de porter le voile, signe ultime de leur avilissement. 

En théorie, je ne peux que me ranger à son indignation s’agissant de toute femme d’ici ou d’ailleurs qui serait contrainte et forcée de se voiler ou d’adopter contre son gré un quelconque mode de vie ou comportement. Je suis d’ailleurs indignée de la même manière par ces femmes battues par leur conjoint ou harcelées moralement pour une jupe jugée trop courte et trop aguicheuse ou encore par ces maris qui condamnent leurs femmes à sortir apprêtées en toutes circonstances.

Bref, je me range d’office à toute cause noble visant à défendre la liberté de chacune et de chacun. Néanmoins, ne serait-ce pas un peu démago d’opposer la femme voilée contrainte et forcée dans des pays dans lesquels nous ne vivons pas à la femme voilée ayant fait ce choix en France.

Ce n’est peut-être pas le cas de toutes les femmes voilées en France mais il n’en demeure pas moins que beaucoup clament ce choix qu’elles font leur. Un choix issu des traditions, un choix dirigé par la pression familiale, un choix assumé, peu importe mais qui sommes-nous pour qualifier et juger un choix, en dehors de tout contexte et prise en compte des trajectoires individuelles ?

Suffit-il d’être une femme française, non musulmane, athée ou non, élevée dans des conditions et traditions ayant permis d’accéder à une liberté d’esprit et de vivre, une femme adepte du bikini et de se croire femme libre, pour imposer aux autres l’image de ce que l’on estime illustrer cette liberté ? Si pour ma part, le bikini est la tenue phare pour la plage, au nom de quoi serais-je fondée à juger celle qui opte pour le monokini (parce qu’avoir les marques du maillot, ça craint), la complexée qui garde son tee-shirt pour masquer ses bourrelets ou celle qui se sent en accord avec ses convictions en portant un burkini. Ce principe consistant à enfermer le féminisme dans la représentation personnelle et subjective qu’on se fait de la liberté m'empêche d'adhérer à ce discours. 

Ce sont d’ailleurs ces mêmes convictions bien-pensantes qui ont conduit aux pires désastres de l’histoire. Dès lors que l’Homme tente de définir le Bien façonné à son image et de rejeter le Mal qui ne lui ressemble pas cela ramène à des idéologies d’un passé peu glorieux.

De la même manière, cette polémique consacre une nouvelle fois les croyances dévalorisantes selon lesquelles les femmes ne sont pas habilitées à faire un choix. Ainsi, sous couvert de libérer les femmes du supposé joug des hommes, elles sont dorénavant placées en liberté surveillée sous l’œil des autorités publiques. Paternalisme quand tu nous tiens…A aucun moment, la possibilité qu’il s’agisse d’un choix conscient pour  certaines femmes n’est envisagée. 

Vous remarquerez que les signes « de distinctions religieuses » lorsqu’ils sont arborés par des hommes trouvent beaucoup moins d’écho. Dans ce cas, il ne peut s’agir que d’un vrai choix…évidemment.

Les effets : Bien évidemment, les arrêtés à la rédaction volontairement nébuleuse n’ont pas tardé à donner lieu aux premières dérives dont la plus médiatisée avec le témoignage de cette femme voilée qui aurait été verbalisée par la police municipale à Nice pour port d’un voile sur la plage.

Source : le Monde.fr - BESTIMAGE
A priori, cédant à la panique et faisant fi des discours « anti-amalgames » timidement glissés par les figures politiques du gouvernement en place au lendemain de chaque attentat, les autorités publiques tentent le tout pour le tout au nom de la préservation des principes de la République (dont la laïcité) et au nom de la sécurité. 

Pourtant, je ne saisis toujours pas comment l’une et l’autre sont mises en valeur par les mesures prises contre le burkini ou tout ce qui de près ou de loin pourrait signifier un lien avec l’Islam.

Comment la laïcité, soudainement chère à tous, est-elle préservée ?

Selon le Larousse, la laïcité serait une :

Conception et organisation de la société fondée sur la séparation de l'Église et de l'État et qui exclut les Églises de l'exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l'organisation de l'enseignement.

Autrement dit, la religion ne serait plus l’affaire de l’Etat et ce dernier serait garant de cette séparation dans l’exercice de ses prérogatives. C’est notamment ce qui explique que l’école publique exclut dorénavant l’enseignement et les pratiques religieuses. Néanmoins, la laïcité, c’est aussi la garantie que chacun puisse pratiquer sa religion dès lors que cette pratique exclut tout prosélytisme. Ainsi, on peut se promener dans la rue avec une kippa, une croix latine ou une étoile de David autour du cou, une tunique de moine bouddhiste ou encore un voile sur la tête. 

Il est donc évident que ces arrêtés et les verbalisations qui leur font suite, en visant une communauté religieuse en particulier, ne semblent donc pas très respectueux de cette sacro-sainte laïcité.

Et alors qu’en est-il de notre sécurité ? Admettons que de manière totalement assumée, on ait fait le choix de se caler derrière l’oreille tout principe de liberté et de laïcité et ce afin d’assurer notre sécurité, ces mesures ont-elles la moindre chance d’œuvrer dans ce sens ? Difficile de croire que de s’attaquer à des mères de familles ayant décidé de se laisser caresser par la vague ou tout simplement d’accompagner leurs enfants pour la baignade ait un quelconque intérêt pour la sécurité nationale.

En revanche, ce  qui est certain, c’est que ces mesures concourent clairement à l’institutionnalisation de l’amalgame en adoubant une croyance qui envisage de devenir populaire à savoir Musulman = terroriste. Ainsi, en cautionnant ces mesures, les autorités publiques inscrivent dans le marbre et banalisent cette association insoutenable. 

Ainsi,  une nouvelle fois, les Musulmans subissent la double peine, celle de l'impuissance face à l’usurpation de leur religion par des collectifs de barbares avides de pouvoir et celle de se voir condamnés pour des crimes qu’ils n’ont pas commis.  Tous sont ainsi sommés d’abandonner leurs convictions ou pratiques au risque de se voir bannis de l’espace public. Toute résistance étant nécessairement lue comme un soutien au terrorisme…

Un peu comme si vous décidiez de gifler la vendeuse H&M payée au SMIC pour combattre les ravages des conditions de travail dans les usines de textile du Bangladesh. Cela ne changera rien, elle n’y est pour rien mais peut-être que cela vous a fait du bien.

Le plus inquiétant, ce n’est pas tant que les principes républicains soient de nouveau vidés de leur substance (la liberté a ravalé son coming-out,  l’égalité agonise au bas de l’escalier et la fraternité tient le premier rôle du remake du 6ème sens) mais plutôt que ces mesures soient complètement contre-productives en faisant de l’Administration française et des haineux, les meilleurs RP des organisations terroristes à vocation politique. Voilà que la matière pour alimenter la propagande est maintenant livrée sur un plateau. 

Car si des cas isolés ou des mères de familles jugées trop couvertes ne représentent aucun danger, un lynchage public à caractère discriminant saura trouver un écho chez tous les déracinés, désaxés, cas désespérés, asociaux, délaissés, frustrés que la terre peut porter et qui tendront attentivement l’oreille aux propos des habiles marionnettistes adeptes du recrutement. Sans parler des jeunes filles qui, à la manière des gothiques, se laisseront séduire par les signes "ostentatoires" en guise de protestation. Il faut dire que, bien que non musulmane et totalement acquise à la cause du bikini, j’ai presque eu envie de porter un burkini, juste histoire de dire : non mais m… quoi, je peux quand même faire ce que je veux dès lors que je ne nuis pas à autrui !

Aussi, dès lors qu’elles sont totalement infondées pour défendre la laïcité et inefficaces pour assurer la sécurité, ces mesures ne seraient donc que l’expression d’une loi du Talion au rabais et travestie, un aveu de faiblesse et d’impuissance, une expression de l’absurdité à son paroxysme ou peut-être la conséquence de l’instrumentalisation car après tout, à qui profite le crime en ces temps obscurs ? Il faut bien que la haine des uns serve les autres, qu’importe si nous continuons de vivre ces atrocités…

dimanche 17 janvier 2016

La déchéance de nationalité en questions

En ce début de nouvelle année, l’une de mes grandes résolutions est la limitation du cynisme et par conséquent, la limitation des sorties de ses proches cousins, les sarcasmes. Dans ce but, j’ai donc décidé de cesser de me laisser vampiriser par des certitudes et de me laisser bercer par les interrogations. Le débat actuel autour de la déchéance de nationalité arrive donc à point nommé pour alimenter mon désir d’interrogations.
Comme à chaque fois qu’un débat d’opportunité est propulsé sur le devant la scène, je me suis donc posée cette première question : A quoi ça sert ? Ou plutôt que peut-on espérer d’une telle mesure s’emparant des médias qui cessent alors de s’intéresser à autre chose. A priori et selon ceux qui prônent sa mise en place, il s’agirait de « faire perdre sa nationalité à une personne à titre de sanction ». Pour argumenter ce retour au goût du jour, les atrocités commises le 13 novembre dernier sont mises en première ligne. Cette déchéance de nationalité s’adresserait donc en premier lieu aux terroristes. Ceux-là même qui ont accumulé suffisamment de haine contre « la France » ou du moins ce qu’elle symbolise et ce qu’elle (ou plutôt ses Dirigeants politiques) fait sur la scène internationale pour commettre des actes indignes de l’humanité. Cela conduit à une autre interrogation : si tu détestes le sport et que le Ministre des Sports et de la jeunesse, afin de te sanctionner de ce manque d’ouverture d’esprit et  de respect pour ta santé, te condamne à être privé d’accès à toute salle de sport sur l’ensemble du territoire, penses-tu que cette sanction aura un écho important chez toi ?
Je me permets donc juste de douter de la portée idéologique de la chose. Mettons de côté l’idéologie et interrogeons-nous sur l’aspect plus pragmatique. Pour cela, je me suis donc intéressée aux conséquences de la déchéance de nationalité pouvant conduire :
  • Soit à la perte d’une nationalité pour les binationaux,
  • Soit à la création d’apatride pour les Français n’ayant qu’une seule nationalité.
Intéressons-nous au premier cas. Un binational commet un attentat. Déchu de la nationalité française, celui-ci conserve la possibilité de migrer dans le pays lui ayant accordé sa seconde nationalité. Je ne suis pas assez férue de droit pour m’assurer de la viabilité de cette hypothèse  mais admettons que le pays en question accepte de le recevoir pour vivre ou pour purger une peine de prison. Celui-ci, avec la portée médiatique dont il bénéficierait, aurait alors le loisir de continuer à faire propagande de son idéologie voire pourrait organiser, de loin, d’autres attentats. Cette hypothèse, aussi farfelue soit-elle, me pousse à me poser de nouvelles questions (encore) sur l’efficacité d’une telle mesure et sa faculté à minimiser le risque de nouveaux attentats. Le binational n’ayant plus qu’une seule de ses deux nationalités, idéologiquement, ne risque pas de s’émouvoir de cela et sur le plan pratique peut continuer sa propagande, car qui sait quel sort lui réservera le pays d’accueil ? Par ailleurs, combien compte-t-on de terroristes binationaux qui auraient pu être concernés par cette mesure ? Sur les derniers évènements ayant terrassé la France avant les évènements de novembre 2015, la réponse serait 1 sur les 4 terroristes médiatisés.
S’agissant du cas de l’apatride, quelles sont les conséquences pour une personne privée de nationalité, comme cela s’est fait par exemple sous le gouvernement de Vichy pour certains opposants ?
Selon Wikipédia : Les apatrides ne bénéficient pas de la protection d'un État. Dans certains pays, ils ne peuvent obtenir de logement ou de compte en banque à leur nom, n'ont pas la possibilité d'accéder aux soins médicaux, d'envoyer leurs enfants à l'école, parfois de travailler. L'accès à l'état civil leur est parfois impossible, ils ne peuvent donc alors se marier, ou enregistrer leur naissance.
Les enfants d'apatrides sont souvent apatrides, soit car ils n'obtiennent pas de nationalité par leur seule naissance, soit car leur naissance ne peut être enregistrée[]. Dans certains pays (une trentaine d'après le HCR), les enfants dont la mère est nationale et le père étranger n'obtiennent pas la nationalité de leur mère. Sans accès à l'école et avec des accès limités aux autres services essentiels, il leur est extrêmement difficile de sortir de la pauvreté et de l'exclusion.
Ok et donc ? Qu’est-il prévu pour ces fantômes de la société ? A ces premières questions s’ajoute un doute : déchoir de sa nationalité, pourquoi pas, mais quels terroristes ? Si nous prenons pour exemple, les évènements dramatiques qui ont lieu ces dernières années, combien de terroristes « actifs » (ayant participé suffisamment de près aux actes terroristes pour être condamnés et jugés sans équivoque) ont été arrêtés vivants ? Difficile de vouloir « punir » en les privant de la nationalité française, des personnes qui aspirent à mourir pour leur cause…
Si nous étions encore en 2015, j’aurais crié au scandale, dénonçant une manipulation pour distraire le monde des vraies questions, pour éviter soigneusement de traiter les problèmes de fond en balançant de la mesure poudre aux yeux. Je me serais indignée de ces pratiques visant encore et toujours à mettre au cœur du débat la différenciation identitaire, la distinction de l’autre. J’aurais certainement avancé la théorie selon laquelle ces actes auraient été instrumentalisés pour introduire dans la constitution une éventualité qui pourrait être applicable pour tout acte jugé digne d’une sanction irréversible : terrorisme mais aussi et pourquoi pas, tout autre acte jugé indigne de la patrie (cela en fait des possibilités d’un coup ? Tout est question de point de vue). J’aurais apprécié que l’on m’explique comment un gouvernement ayant usurpé l’étiquette de gauche puisse s’intéresser de si près à un sujet à l’efficacité plus que relative mais qui saura passionner les foules avides de boucs émissaires au rabais et si faciles à atteindre. Des pratiques qui ne sont pas sans rappeler celles d'autres courants politiques. Qu’importe que cette initiative ne décourage ou n’atteigne aucun terroriste, ce qui compte c’est de continuer à diviser et de coller aux idées stigmatisantes qui séduisent dans les sondages politiques. Si cela peut éviter dans le même temps d’attirer l’attention sur les questions de fond…c’est du pain béni.
Mais là…non, en 2016, c’est le changement ! Point d’accusations à l’emporte-pièce ! Toutefois, si quelqu’un comprend l’intérêt de cette déchéance de nationalité tellement à la mode, je suis preneuse des réponses.
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