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mercredi 28 octobre 2015

Mon Roi, mon kiff


Voilà bien longtemps que je n’avais pas fait de post cinéma. Il est vrai que les occasions de s’y rendre se font rares, hormis pour accompagner mon Minipouss, ce qui limite quelque peu les possibilités. Aussi, heureuse de profiter d’une soirée entièrement à moi, j’en ai profité pour me caler dans un de ces bons vieux fauteuils molletonnés afin de découvrir la dernière réalisation de Maïwenn, Mon Roi.

Ce choix prémédité pour ne pas dire espéré découlait d’un a priori très largement positif puisque je m’étais délectée des dernières créations de la jeune réalisatrice, du malicieusement satirique Bal des actrices au poignant Polisse. Ambitieuse et risquée manœuvre que de tenter le Strike avec le dernier né, Mon Roi. Je m'y suis donc rendue avec envie tout en craignant la déception. 3 films presque parfaits, à mon sens, cela relève presque du miracle. Tout réalisateur a droit à son film de relâche…A l’exception près que Maïwenn ne semble pas ouverte à la relâche et les quelques années qui s’écoulent entre chaque film donnent a priori du sens à une supposition de quête de la perfection.

Pourquoi tant de louanges ? Difficile de s’expliquer sans trop en révéler sur le film…

Le pitch de notoriété publique : une histoire d’amour destructrice entre un séducteur narcissique/manipulateur et une femme hypnotisée par ce dernier.

Au casting, Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot, Louis Garrel et Isild Le Besco (dans la famille Le Besco, je demande la sœur).

Encore une banale histoire d’amour torturée et déprimante me direz-vous, comme le cinéma français les adore ? Pas vraiment et c’est bien là, la force de Maïwenn, qui aborde des sujets dramatiques sans jamais céder au pathos, à l’excès de bons ou lourds sentiments, à la chasse aux larmes. Les sentiments, les sensations sont distillés puis insinués avec subtilité et un sens du commun, des bafouillages qui transportent et nous transposent. Le drame demeure le fil conducteur mais est allégé, piqué par l’humour fin ou gras mais toujours justement dosé qui vous conduira davantage à la réflexion plutôt qu’à la dépression. Comme dans Polisse, on retrouve un parallélisme entre une histoire toile de fond portée par un ton grave et une histoire « secondaire » tout en décalage, bouffées d’air qui paraissent presque être les sorties récréatives de la réalisatrice et ne manquent pas à ce titre d’attendrir.

Que dire des acteurs ? Des rôles taillés sur mesure ou des acteurs habilement façonnés à la mesure du film, difficile de dire tellement l’impression est forte qu’une part de vérité des acteurs a été mise à nu. C’est peut-être cela, être une réalisatrice talentueuse…Ainsi, Vincent Cassel est parfait dans un rôle de dandy narcissique, égocentrique et séducteur qui réutilise les armes déjà affûtées dans Mesrine, Emmanuelle Bercot est attendrissante et tellement juste dans un rôle qui, sans cette justesse, aurait pu flirter avec la caricature et à ma grande surprise car je n’avais pas jusque-là était séduite par ses prestations, Louis Garrel sert à merveille l’humour diffus du film en se faisant la caution réaliste et pragmatique.

© EPA/MAXPPP – France 3
Et bien voilà, j’en ai fini avec ma critique élogieuse mais dans le cas où Télérama souhaiterait me recruter, je me sens un peu dans l’obligation de relever quelques critiques négatives. A choisir, je cite donc des apparitions « clins d’œil » dont l’utilité reste à prouver telles que celle de Norman (d’internet), la caution buzz du film dont je n’ai pas nécessairement saisi la pertinence. Je ne manquerai pas d’interroger Maïwenn sur ce point à l’occasion.

En attendant, ma conclusion, vous l’aurez devinée (j’espère) : Courez le voir :)

 

mardi 17 décembre 2013

THE LUNCHBOX - CINEMA

J’ai d’abord été attirée par l’affiche qui a rappelé à mon bon souvenir un reportage vu à la télé sur l’incroyable système des Dabbawallahs, ces porteurs de repas de la ville de Mumbai. Des porteurs quasi infaillibles qui arpentent vaillamment et surtout rapidement les rues bondées de cette mégapole indienne pour livrer les repas préparés majoritairement par les femmes depuis le domicile familial à destination des maris exerçant leur fonction à plusieurs kilomètres de leur foyer ou à destination de leurs enfants scolarisés.
 

Le film The Lunchbox, aux allures de documentaire, offre une romance "culino-épistolaire" entre une jeune femme délaissée par son mari et un homme à quelques jours de la retraite qui reçoit un jour, par exceptionnelle erreur, le repas préparé par l’héroïne pour son mari. Débute alors entre les deux protagonistes, une idylle naviguant entre frustrations et désillusions.
The Lunchbox, c’est tout d’abord un voyage en Inde à moindres frais. Le réalisateur nous enveloppe de toutes les senteurs, les bruissements, l’étouffement de la vie citadine indienne. Pendant près de deux heures, il parvient à nous faire oublier le pavé parisien mieux que la 3D en faisant appel à nos sens. Sens qui demeureront en éveil tout au long du film, en émoi à chaque ouverture de la Dabba (fameuse « lunchbox » contenant dans différentes boites métalliques empilées, le repas préparé le matin même), à chaque tentative désespérée de l’héroïne pour séduire de nouveau un mari qui reste sourd à une sensualité exacerbée par tant de retenue.
 
Mais The Lunchbox, c’est aussi nombre de questionnements, d’appels à la réflexion sur :
Ce formidable pied de nez à la mondialisation, à la toute-puissance du numérique, au règne de la docile machine sur l’homme défaillant. J’ai été subjuguée par l’organisation des Dabbawallahs, corporation composée de milliers d’hommes, le plus souvent illettrés, qui livrent avec la plus haute précision chaque jour de nombreux repas aux bons destinataires. Je retiens avec amusement la scène du livreur excédé à l’annonce de l’erreur présumée et qui rappelle à l’héroïne accusatrice que le système auquel il appartient a été marqué du sceau de l’admiration et de toute la reconnaissance des chercheurs de Harvard. L’engagement humain, le sentiment d’appartenance, semblent regarder de haut la puissance pécuniaire.
Une condition féminine en pleine mutation. Dans une société où le statut de la femme oscille entre accès aux hautes fonctions et brimades traditionnelles, les préoccupations de l’héroïne apparaissent encore comme novatrices puisque celle-ci aspire non pas à la sérénité du foyer mais à l’épanouissement personnel.
Une société encore rongée par les inégalités fondées sur l’appartenance aux castes ou les préjugés liés à la couleur de la peau. Une société rongée mais pas vaincue car le réalisateur tient à nous ouvrir les yeux sur les évolutions optimistes.
Après avoir salué la performance des deux acteurs principaux troublants de sincérité, je suis sortie de la salle, émerveillée comme après un long voyage, pleine de questionnements et surtout avec une sacrée envie de… manger indien.
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